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vendredi 14 mai 2021

La goutte d'eau qui fit déborder la mouche (d'émotion)


Une grosse mouche noire aimait plus que tout au monde l'odeur de la mer, de ses embruns sans vraiment savoir pourquoi.

Une irrésistible attirance mêlée d'une peur irraisonnée. De s'y noyer peut être.

Quelle idée pensèrent les autres mouches probablement trop terriennes de vouloir s'oublier sur les rivages, de passer un temps infini sur des plages de sable fin battues par des vents iodés ? Une mouche n'était à sa place qu'au coeur de l'arrière pays, à tournoyer dans l'air chaud, immobile et sec d'une saison de récolte entre bottes de foin et pâturages odorants.

La grosse mouche noire éprise d'océan n'en avait cure.

Elle avait pris ses cliques et ses claques et reposé ses ailes dans ce petit coin de paradis de sable noir qui lui parlait, sur une plage de la ville de Limbé, quelque part sur une ligne courant de l'île de Malabo jusqu'au Mont Cameroun, le bien nommé Char des Dieux.

Elle y passait ses journées, la pupille dilatée, l'aile au repos, à lancer des regards gourmands vers le large en plein accord avec elle-même, nonchalamment posée sur cette langue sombre entre océan et une rivière d'eau douce, fraîche et revigorante qui traversait le Seme Beach Club.

Elle cherchait encore le moment propice pour faire son premier bain de mer. Se jeter à l'eau comme on dit. Sans savoir évidemment quel en serait le prix mais tout en pressentant qu'elle ne serait plus la même après. 

Elle attendait un signe, le déclic. Comme ce surfer à quelques dizaines de mètres du rivage qui guettait calmement la vague qui le ramènerait sur la terre ferme.

Mais cet état contemplatif, béat, l'avait empêché de noter que chaque jour au point de marée haute la vague la plus aventureuse de tout le littoral venait mourir au même endroit. A ses pattes pour ainsi dire. Comme une supplication. 

Une petite gouttelette, véritable proue du vaste océan parut soulagée d'avoir enfin toute son attention et s'en expliqua de sa petite voix mignonnette et étranglée :

"Bonjour Madame la Mouche, cela fait des jours que je vous fais signe. Mais vous étiez bien trop occupée à rêvasser. Je désespérais de ne jamais pouvoir exister un jour dans votre regard. J'ai besoin de vous.

Madame la Mouche fut flattée de l'intérêt que lui portait ce minuscule brin d'océan têtu et déterminé à revenir à chaque nouvelle marée haute venir toujours plus près d'elle afin de lui demander de l'aide. Elle opina, curieuse d'écouter ce que la minuscule goutte avait à lui dire.  

"Toutes mes soeurs les gouttes d'eau de mer m'encouragent depuis toujours à réaliser mon rêve.

"Quel est ce rêve, petite goutte d'eau de mer ? Je t'écoute, murmura la Mouche attendrie de déceler quelque chose de familier dans les désirs secrets qui animaient la petite gouttelette, sentiment renforcé par le reflet d'elle même que lui renvoyait cette dernière.

"Je rêve de rejoindre ce ruisseau que je devine, là-bas, derrière vous. j'ai toujours rêvé de changer de lit. J'ai toujours rêvé de lagune, c'est ma nature profonde. Tous les efforts conjugués de toutes mes soeurs ont été jusqu'à présent vains. Et j'ai senti en vous voyant alanguie, rêveuse, sur le rivage que nous avions un bout de chemin à faire ensemble. Une intuition.

"Une goutte d'eau de mer qui rêve de quitter l'océan, qui veut rejoindre la rivière d'eau pure et claire, se dit Madame la Mouche. Quelle merveilleuse idée !

"Vous rêvez donc d'eau douce Madame la Goutte ?

" je suis curieuse de nature et j'aspire à la douceur, c'est vrai, depuis toujours. 

Les deux improbables complices de circonstances s'étaient parfaitement trouvées. Madame la Mouche allait pouvoir faire l'expérience de l'eau de mer sans courir le moindre risque. Elle était en confiance. Elle prit délicatement sur ses ailes la petite gouttelette juste avant que la vague la plus forte du point de marée le plus haut ne redescende, ne recule pour de bon. Et chacune deviendrait ce qu'elle avait rêvé de devenir.

La gouttelette d'eau de mer salua ses soeurs les gouttes d'eau de mer qui la regardèrent quitter le lit familial non sans émotion. Elle put grâce à Madame la Mouche rejoindre le cours d'eau tranquille et frais, déposée qu'elle fut, délicatement, comme un pétale de rosée, depuis ses ailes rassurantes pour se diluer tout à fait dans sa passion, dans ce qui la faisait profondément vibrer depuis toujours.

Dès que la gouttelette disparut en remerciant, comblée, son alliée madame la Mouche, cette dernière se sentit à son tour métamorphosée, débordant d'une émotion nouvelle et folle. L'effet de l'eau salée en humectant sa face toute noire et tout lui revint. C'était le goût amer de la larme qu'avait versé sur elle une maman croyant alors avoir perdu son bébé à la naissance et qui l'avait abandonnée sans se retourner. Le sel maternel avait eu pour effet de faire repartir son petit coeur tout mou.

Tout lui revint et Madame la Mouche se sentit libérée d'un poids. Depuis, elle a ses habitudes et fait chaque matin son petit bain de mer pour entretenir ce souvenir et retrouver la sensation même infiniment petite de cet amour maternel qui lui donne la force de continuer.

 


jeudi 13 mai 2021

Le roi des fesses

Stephen Oliveri était un phénomène. Surtout pour cette incroyable malchance qui le suivait partout, comme son ombre.

Tout avait commencé en sortant du ventre de sa mère. La légende - ce qu'il nous en avait rapporté - voulait qu'elle ne s'était pas sentie désireuse, prête ou capable de l'élever comme son enfant. Stéphane avait donc grandi sous la bienveillante égide de la Direction des Affaire Sanitaires et Sociales, accueilli rapidement par une famille qui l'entoura de tout l'amour dont il avait besoin pour s'épanouir en grandissant.

Mais pendant longtemps, pour Stephen, la chance aura été ce fruit inaccessible sur l'arbre à la bonne saison. Il avait beau sauter, s'échiner, l'objet de ses convoitises se refusait obstinément à lui. 

A l'internat, on l'appelait SOS. Pour plein de raisons.

Bien sûr l'adolescence est un âge ingrat. Il était arrivé à Marcel Roby en cours d'année. On se fait facilement remarquer dans une situation pareille. L'effet grossissant d'une petite communauté observant à la loupe le nouveau venu. 

SOS n'avait d'ailleurs pas un physique facile : une peau grasse généreuse avec le point noir qui s'y délectait entre deux boutons d'acné. Ajoutez un nez en patate soutenant des lunettes épaisses à double foyer (il était ouvertement myope). Et puis il y avait ses cheveux ternes, sans volume, qui épousaient la forme aplatie de son crâne, sue laquelle on aurait pu faire tenir un verre à pied. Pour couronner le tout, ses lèvres épaisses et constamment humides laissait s'échappper une mauvaise haleine. On ne lui parlait jamais de trop près.

Un matin, il avait été à l'origine d'un immense fou rire :  Au réveil, ses paupières avaient refusé de retomber sur ses yeux qui exprimaient une angoisse, s'embuaient, les muscles de son visage étaient tétanisés. On sentait la souffrance mais lui hurlait intérieurement cherchant de l'aide, un soutien, quand personne autour ne pouvait retenir ses larmes de rire. Tout était revenu dans l'ordre après qu'il se soit longuement aspergé le visage à la salle d'eau collective. Mais il avait attiré l'attention sur lui et pas pour les meilleures raisons.  

Quand on suscite autant de railleries, le harcèlement n'est jamais très loin. Lors du traditionnel bizutage pour accueillir les nouveaux venus, il fut le plus chahuté, tout habillé sous la douche glacée, savonné, en pleine nuit sous les salves extatiques de "SOS pétomane SOS pétomane SOS pétomane !

Cest que le pire dans tout cela lui venait d'une tare congénitale dont il avait hérité au niveau digestif. Un rétrécissement probable du colon jusqu'au sphincter qui le faisait péter de façon particulièrement bruyante. C'est surtout la nuit qu'on l'entendait claironner distinctement des fesses.

Les autre internes avaient également compris qu'en lui faisant peur, en le faisant sursauter, il ne pouvait empêcher les gaz qui lui encombraient l'intestin de se libérer dans un boucan de tous les diables.

Longtemps il le vécut terriblement mal. Mais un beau jour, SOS comprit que cette tare était en réalité une chance. Une aubaine.

Tout démarra lors d'un soir en ville, quelques années plus tard. Un simple malentendu lui mit la puce à l'oreille. Son voisin de table dans un minuscule restaurant japonais de la rue Pradier où l'on s'entassait les uns sur les autres, s'était brutalement retourné vers lui - au moment précis où SOS venait de se soulager, pensait-il discrètement - et au terme d'un suspense insoutenable avait interrogé 

"Ah oui je me régale, c'est délicieux, et vous c'était comment ?"

SOS avait alors compris qu'il avait un don. Que ses fesses étaient un cadeau du ciel. Le sphincter était ce muscle qu'il maîtrisait mieux que personne. Il savait moduler les sons qu'il produisait lorsque les gaz prenaient congé de sa personne. Il pouvait en régler l'intensité, la tonalité. Et comme tout don, il devait le travailler. 

Il se mit à écouter la BO de Rocky et fit ce qu'il fallait pour que son complexe devienne un talent unique au monde. Il découvrit notamment qu'il chantait juste du postérieur, qu'il avait si l'on veut l'oreille absolue. Rapidement il put reprendre des refrains de morceaux célèbres, il en fit des quizz, fut repéré dans un petit théâtre de quartier du 19e. Il alla plus loin. Il pouvait parler avec son derrière. Il devint chanteur, puis ventriloque. Et même imitateur.

Il se produit aujourd'hui sur les scènes du monde entier. On l'appelle affectueusement "Le roi des fesses"

Aux dernières nouvelles, il aurait même réussi à se faire comprendre de certains animaux et établir le contact avec les perruches, les Terriers airedales et même les grenouilles Goliath.

Un postérieur magique !

mardi 11 mai 2021

Examen et défiance

Florent a toujours su camoufler. Il avance à reculons, à pas comptés, vers les marqueurs forts de son insigne faiblesse que sont les concours, les examens qui les matérialisent, certain qu'il s'y enlisera le premier, étranger à toute confiance, il sait alors mieux que personne se saboter, se regarder par au-dessus, s'enfoncer la tête dans la fange, jusqu'au sommet du crâne, sans l'aide de personne, lesté de ses odieuses croyances, les laissant s'épanouir tout au fonds de ses tréfonds intimes. Il sent bien venir le moment fatidique où chacun l'aura démasqué et d'un souffle tranquille l'aura éparpillé.

Heureusement, le cerveau sait en certaines extrémités, accoucher de vertueux subterfuges, de saines contorsions, pour sauver ce qui peut l'être. Il vous en fait faire alors des choses. Florent se met à noircir des feuilles et des feuilles de brouillon. Il les classe de manière minutieuse par matière. Pour chaque matière plusieurs couleurs (il a noté comme les feuilles de brouillons mises à disposition des étudiants au moment du concours étaient de diverses couleurs, un arc-en-ciel). Il utilise la pointe ultra-fine d'un criterium et charge toutes ces feuilles d'un savoir immense qu'il sait être sa béquille. Il travaille le geste, répété le mouvement, l'assouplit. Une solution par sujet, par thème, des sous-groupes thématiques, d'antisèches aux allures de rubriques d'une encyclopédie souterraine, un royaume invisible. Il répète l'exercice, encore et encore, encore et toujours, y muscle son jeu jusqu'à bâtir de ses propres mains, ériger un empire de contrefaçons, de pansements de l'âme, prêts à surgir pour faire mouche le jour J. Un chef d'oeuvre d'organisation millimétrée, Des codex Maya à portée de main, d'humain, intraduisibles pour le commun des mortels, pour quiconque ne vit pas à l'intérieur de soi. Ou plus exactement de lui.

Le jour de l'examen arrive et une forme de miracle se produit. Florent, les idées suffisamment claires, la tête assez dure pour accueillir les règles du jeu sans toutefois les dévoyer, sans jamais les trahir, fait le grand saut, lâche la rampe et comprend qu'il ne craint rien du regard des autres, de ses supposés censeurs. Mieux, qu'il est armé pour se défendre. Plus besoin de béquille. Parce qu'il a traversé son désert, qu'il s'est doté de moyens pharaoniques pour contourner un dogme injuste (se confronter aux autres quand on se pense inférieur), de le refuser, de s'ouvrir un nouveau chemin jusqu'à l'ultime seconde. Il décide de laisser les feuilles s'arranger avec l'obscurité de son cartable. Et de ce lent processus de maturation qui n'était là que pour le rassurer, de ce rêve bâti pour conjurer un sort scellé depuis l'origine pour le soustraire au regard des autres, est née la créativité la plus entière parce que nécessaire, l'innovation la plus pure parce que désespérée, la magie la plus puissante parce que de ce monde, autant de déclics profonds qui ont fait de lui l'artisan de ces révisions fabuleuses, l'inventeur obsessionnel de la méthode ultime pour rénover ce monde en contournant ses contraintes, les codes inhérents à la vie dite normale, le germe de sa vie future.

Voilà ce qu'il en retient : échafaudons des plans comme si notre vie en dépendait, creusons l'idée jusqu'à ce qu'il ne reste rien autour, fourbissons nos armes selon nos propres règles quitte à les abandonner en dernier ressort. Ces petites notes compulsives constituaient un écrit sain, sa religion, intime, le manuel de survie pour arpenter un chemin qui ne mène jamais qu'à soi-même.   

lundi 29 mars 2021

les vacances de Tixo sur terre (un mini-conte de Mademoiselle Nahia)

 


Tixo le martien est arrivé sur la Terre le 8 février 2020. Il est reparti le 8 mars 2020.
Il nous raconte son voyage :

« Quand je suis arrivé là-bas, tout était différent. Je ne savais plus où donner de la tête tellement c’était ingénieux, original et simple en même temps. Puis il s’est passé des jours et j’ai découvert les inconvénients de cette planète : c’était extrêmement pollué, il n’y avait pas beaucoup d’arbres, ils étaient tous dépendants de quelque chose (cigarettes, écrans, alcool, etc). Il avaient tué des animaux et des arbres pour faire du papier ou de la nourriture en trop grosse quantité et puis le trou que j’ai utilisé pour rentrer à la maison était en fait un trou dans leur couche d’ozone qui avait été provoqué par la pollution. Bref, un peu catastrophique cette planète !

Mais bon ils ont plein de jeux sympas, des attractions et surtout plein d’activités, alors ce voyage m’a plutôt plu et beaucoup appris.

lundi 22 mars 2021

Mon Oncle, l'Ogre (Un conte de Mademoiselle Nahia)

 

C'était un ogre énorme, il portait une dague à la ceinture (on se demande bien pourquoi, parce que ses dents étaient déjà de véritables guillotines).Il portait un manteau en peau d'hommes et de moutons. Sa peau était grisâtre, ses dents étaient jaunâtres, ses cheveux étaient sales et poisseux à tel point qu'il n'était plus blancs mais marrons. Il dégageait une odeur de sang, de chair et de boyaux. Ses pieds puaient le fromage (ce qui était étonnant car jusque là on aurait pu croire qu'il était vegan). Il avait une très longue barbe broussailleuse qui lui servait de lit. Et quand il s'apprêtait à parler il mettait ses poings sur ses côtes et son juron préféré était :"Par l'humain farci que j'ai mangé hier..."
Il était horrible, alors imaginez-vous être son neveu comme moi ? Par l'humain farci que j'ai mangé hier, vous mordriez la poussière!
HA HA HA HA HA !!!

Anne ONYME

samedi 6 mars 2021

Imagine les aventures d'un pirate sur une ile maudite (un conte de Mademoiselle Nahia)

 


Il était une fois un capitaine nommé Croc noir, il partait avec son navire le Tryton vers l’ïle du diable pour y dénicher un trésor. Mais le temps ne l’entendait pas de cette oreille. D’énormes vagues se formaient et des éclairs fendaient le ciel. Ils passèrent 8 jours et 7 nuits sur le Tryton avant d’enfin pouvoir accoster sur l’île.  Quand ils furent arrivés, tout était calme.  Alors Croc noir décida d’installer un campement. A la tombée de la nuit, tout le monde avait une tente avec ses affaires dedans et au milieu il y avait un feu pour faire griller du poisson et des pommes de terre et pour les plus gourmands des chamallows. Le lendemain ils partirent à la chasse au trésor et tombèrent sur une clairière dévastée par des trous et pleine de squelettes. Ils comprirent alors que c’était l’endroit où était caché le trésor. Il y avait une source d’eau pure à côté. Ils commencèrent à creuser et quand ils eurent soif ils partirent boire de l’eau à la source. Au bout du 21ème jour, ils comprirent enfin où était caché le trésor… Croc noir ordonna à ses hommes d’aller chercher 10 jarres de terre cuite pour qu’ils les remplissent avec de l’eau de la source :  car le trésor c’était la source.

Ils repartirent chez eux et comme par hasard le temps était beau. Ils comprirent qu’en voyant l’eau à sa juste valeur, la malédiction du diable avait été levée. Arrivés chez eux ils comparèrent l’eau des jarres et l’eau normale. A leur grande satisfaction, l’eau des jarres était beaucoup plus claire. Depuis ce jour, des gens ont emménagé sur l’île pour faire pousser des fruits plus sucrés que d’autres grâce à l’eau pure de la source.

vendredi 5 mars 2021

La soif de pouvoir (Un conte de Mademoiselle Nahia)

 

Il était une fois une jeune fille qui se décida à faire le tour du monde. Elle arriva finalement dans un désert de sable fin. Dans ce désert, elle découvrit un joyau rouge. Elle s’apprêtait à le mettre dans sa poche quand soudain un gigantesque serpent d’or sortit du sable. Il dit « Jeune dame, ne prends pas de rubis, si tu me le laisses, je t’offrirai ce qui te plaira ». La demoiselle réfléchit un instant avant d’acquiescer. Le serpent reprit : « Que veux-tu ? »
« Je voudrais de l’or et des trésors pour les montrer à ma famille »
« Pars en paix »       
Le serpent rentra la tête puis la queue dans le sable et… hop !
La jeune fille se retrouva chez elle avec de l’or et des trésors plein les poches.
Un mois plus tard, elle retourna dans le désert et cette fois-ci, elle demanda au serpent des pouvoirs aussi puissants que les siens.
« Es-tu sûr de vouloir cela ? »
« Oui je le suis »
Aussitôt, hop ! Il s’exécuta.
Et elle se transforma en serpent d’or.
Une enveloppe contenant un joyau bleu apparut à côté d’elle. 
« Si tu veux survivre, tu dois protéger ton saphir »
Puis il disparut et elle demeura seule avec sa soif de pouvoir.

lundi 1 février 2021

Rémi Lamer (Un conte de Mademoiselle Nahia)

 


 (Texte autour de la photo de « Rémi écoutant la mer », Edouard BOUBAT. 1995)

Il était une fois un petit orphelin qu’on appelait Rémi Lamer parce que dès qu’il engageait une conversation c’était sur le thème de la mer. Il disait à tout le monde qu’un jour il entendrait le bruit des vagues se fracassant sur la falaise et le cri des mouettes pourchassant de vaillants petits poissons. Mais malheureusement pour lui, la mer n’était pas si près que ça. Un jour, un marchand de pacotille déguisé en clown vint à l’orphelinat pour divertir les enfants. Rémi toujours dans la lune ne fit même pas attention à lui. Le marchand faisait rigoler tous les enfants à part Rémi.

Il demanda « Comment s’appelle le petit garçon les enfants ? » en désignant Rémi.

Les enfants répondirent en cœur : « C’est Rémi Lamer car il ne pense qu’à la mer M’sieur. Sûrement qu’il y pense en ce moment ! ». Tous les enfants explosèrent de rire.

Le marchand les laissa à leur rigolade et se dirigea vers Rémi. Rémi sursauta quand il vit le clown s’asseoir à côté de lui.

« Veux-tu écouter la mer se fracasser contre la falaise et les cris des mouettes pourchassant de vaillants petits poissons ? » demanda le clown.

Rémi hésita puis acquiesca. Le marchand sortit un coquillage semblable à celui qu’il portait au cou mais en beaucoup plus gros. Il lui colla à l’oreille et Rémi entendit de grosses vagues, des mouettes qui avaient beaucoup de voix et surtout des enfants qui rigolaient en pataugeant dans l’eau.  Rémi était émerveillé. Alors le clown enleva son collier, le noua autour du cou de Rémi et dit : « Ca te dirait que je t’adopte et qu’on parte ensemble découvrir les plus belles plages du monde ? ». Le clown qui était en fait venu pour adopter un enfant fut ravi que Rémi soit d’accord. Et selon une légende, de nombreuses plages ont été découvertes par deux hommes dont l'un portait un coquillage autour du cou. 

samedi 2 janvier 2021

Derrière la fable, trouver la fontaine

J'ai toujours pensé qu'il y avait autre chose à comprendre des fables de La Fontaine, et par voie de conséquence du travail d'Esope en amont que ce que leur première lecture pouvait nous laisser comprendre.

Rarement morales auront pourtant été aussi limpides.

Tiens, prenons La cigale et la fourmi.

Le message est clair. L'oisiveté est souvent mère de nombreux maux. La cigale est dépensière, vit dans l'instant présent pendant que la fourni, travailleuse, est organisée, voit loin et ne se retrouve pas dans le besoin. Le message est même teinté d'une "critique" acerbe de la fourmi qui serait égoïste, qui ne serait pas "prêteuse"... Pingre, radine, peu prompte à aider son prochain dans le besoin.

Oui mais voilà, pour moi la cigale, en filigrane, c'est aussi "yo soy", c'est le culte de la personnalité, c'est le chemin de celle ou de celui qui s'écoute, se mire, se respire, celle qui se pense à tort connectée au "tout" lorsqu'elle chante et pousse ses incantations vers le ciel.

Illusoire. les apparences sont trompeuses. Méfions-nous des premières impressions.

La Fourmi semble à première vue être celle qui vit dans la détermination, dans une absence à la vérité dernière, prisonnière d'une matérialité sclérosante pendant qu'on imagine la cigale comme aspirant à découvrir des mondes célestes, cachés.

Et bien non, c'est tout le contraire, je m'explique.

Ce que peut raconter la fable en filigrane c'est justement que la fourmi par son sens inné du sacrifice pour le collectif, par sa capacité à gommer l'égo, la recherche individuelle d'un bonheur terrestre, est précisément celle qui a "tout compris". Mais elle n'est pas "prêteuse", au sens de ce qu'elle ne livre pas facilement son secret, son intime connaissance des fins dernières... Car l'hiver qui est venu, c'est aussi le soir de la vie naturellement... La cigale s'aperçoit qu'elle s'est perdue en chemin et qu'elle a perdu de vue l'essentiel, le sens de ce qu'elle faisait ici bas. Elle voudrait que la Fourmi lui révèle ce secret mais la fourmi laisse entendre que pour comprendre il faut être une fourmi, il faut s'effacer au sein du groupe, être dans le rôle qui nous est dévolu, dans l'instant présent de touts les instants, alors on peut savoir, alors on sait. On n'est pas prêteur de ce qui doit se vivre pour être ressenti, compris. 

Si je me penche sur le lièvre et la tortue c'est la même chose : l'enseignement à première vue est limpide, il concerne le fait de ne pas remettre à demain ce qu'on peut faire aujourd'hui, à combattre la procrastination, à éviter de faire les choses dans la précipitation, souvent mauvaise conseillère. Soit...

Mais Le Lièvre c'est tout aussi bien le capitalisme et sa recherche folle de résultats et d'une efficacité pour maintenant, tout de suite... Le chiffre le chiffre, le chiffre. C'est l'accélération des échanges (courrier puis téléphone puis fax puis mail...) sa dématérialisation dans notre société du tout numérique, du tout et tout de suite. Tendance s'opposant à la méthodique et lente progression de la Tortue qui reste ancrée, qui ne perd de vue ni son objectif ni ses repères (sa maison en permanence sur son dos).

Allons plus loin : Le lièvre c'est le symbole vivant de cette société de consommation et du spectacle prophétisée par Guy Debord. La lièvre cherche la lumière, les louanges, se concentre sur sa propre trajectoire sous les projecteurs et sur les écrans du monde qui l'a façonné... Son image avant tout. C'est ainsi qu'il finit par se perdre, s'oublier, se noyer.... La tortue elle n'est pas sensible à ce chant des sirènes, elle se contente de ce qu'elle a, une petite maison, de quoi vivre, elle apprécie chaque pas effectué, elle se réalise dans l'écoulement de chaque seconde, elle se réalise pleinement dans l'instant présent. Sans se projeter, sans se retourner, sans anticiper. A chaque pas suffit sa peine. Elle dit mieux que quiconque les vertus du Carpe Diem qui révèle à son disciple le vrai sens de la vie. Du moment présent. 

Quid du Corbeau et du Renard : L'égo toujours l'égo... Qui offre au manipulateur, à l'être intéressé les moyens de tromper l'autre, de s'élever socialement en flattant son ego. Mettez l'ego de côté et vous revivrez. L'égo c'est la propriété, c'est aussi paradoxalement ce bout de fromage sur lequel lorgnent les envieux. La fable ne dit pas autre chose : lâchez ce fromage (la notoriété, l'argent, l'entregent), descendez de cet arbre (situation sociale enviable), redescendez sur terre redevenez vous-même c'est à dire un être vivant sans vous laisser guider / dévorer par son ego et vous ne vivrez jamais de désillusions. Vous vivrez vraiment. 

On pourrait faire de même pour le Chène et le Roseau : Evidemment plus vous êtes arrivé "haut" socialement, plus la chute est rude. Les déconvenues sont plus violentes pour les grands de ce monde quand tout s'arrête brutalement. Mais j'ai toujours vu cette fable comme la métaphore de l'expert et de l'apprenti. Les certitudes face à la capacité permanente d'émerveillement et d'apprentissage. De remise en question aussi. La souplesse du roseau c'est de ne pas se prendre pour ce qu'il n'est pas. Personne n'est expert, personne ne devrait le devenir. Amateur oui (d'art), passionné oui, mais expert jamais ! C'est sur ces chemins là qu'on se calcifié, qu'on se sclérose, que la première tempête nous emporte.

lundi 28 décembre 2020

Le jeu de la tartine grillée

Josy est économe de ses mots, elle observe en souffrance. Tout semble fragile, à l'intérieur et ne jamais vouloir en sortir. Raison pour laquelle Josy ne mange pas, ne mange rien. Déjà trop de choses coincées dedans, de noeuds gordiens, pour accueillir quoi que ce soit de nouveau. De nourrissant. Elle est anorexique comme on dit. Elle se nourrit sans le savoir de cette douleur muette, enfouie. Au grand désarroi de son père qui cherche la parade. Mais la cherche en vain. 

Un matin, il revient dans la cuisine après avoir préparé la tenue de Josy et constate que la tartine et sa fine couche de beurre fondu ont disparu. Ne reste près du bol que quelques miettes qui le mettent en joie. Il interroge, encore fébrile : "tu l'as mangé ma chérie ?". Fièrement, Josy acquiesce. Il est tout guilleret en la déposant à l'école. Josy est rayonnante, probablement heureuse de voir son papa si heureux.

Mais en rentrant ce matin-là, après avoir fait la vaisselle, nettoyé la plan de travail dans la cuisine silencieuse, papa retrouve la tartine, soigneusement cachée derrière la boîte de céréales. Sa conscience tranquille se fissure silencieusement.

Il pourrait mal le prendre, il pourrait mal le vivre, comme une défaite, pire, un affront, mais son tempérament prend le dessus, un sourire lumineux s'imprime sur son visage. Il vient de comprendre quelque chose : que pour sauver sa fille, il devra redevenir l'enfant qu'il a été lui aussi. Un compagnon de jeu bienveillant.

Le lendemain matin, il instaure une règle pour égayer leurs routines matinales. Papa fait griller une tartine, la beurre et Josy a le devoir de la cacher dans la cuisine pendant que lui va dans le salon pour compter jusqu'à 20. S'il la retrouve avant l'heure d'aller à l'école, il la dévore goulûment - malgré les conseils du médecin de famille l'encourageant à limiter les matières grasses. 

A chaque matin, un nouvel exploit. Papa la retrouve à temps et Josy adore ce défi stimulant. Il gagne de jour en jour en célérité pendant qu'elle redouble d'imagination pour trouver des cachettes toujours plus sophistiquées. Mais papa est décidément trop fort.

Voilà qu'un matin, elle trouve enfin l'idée fulgurante, se laisse traverser par le projet fou qui lui permettra de gagner enfin une partie contre ce papa plein de ressources... Elle a alors ce geste irrationnel, sans retour, qui lui offrira elle en est sûre la victoire à tout jamais.

Josy cache délicatement la tartine... dans son ventre. Et c'est que ça lui plaît dis donc.

Miam de faim, euh... Miam de fin.


   

 

Nimbuus 20

 C'est l'histoire d'un robot drône, le Nimbuus 20 , qui vit dans un monde blanc et sans émotions. Il se déplace à loisir et tour...