Nombre total de pages vues

dimanche 29 décembre 2024

Bain Public

La chair de poule vous dis-je, pas celle qui vous parcourt l’échine à l’écoute d’une symphonie fantastique. Plutôt celle qui vous grignote la couenne et descend vous secouer les os lorsque l’organisme se prépare à la fuite face à l’impérieux danger.


Je vous parle du temps brumeux de mes 20 ans. On m’appelle alors Mister OCB, bien avant que les problèmes de santé mettent fin d'eux-mêmes à tant d’excès coûteux. Terreur de l’Ouest Parisien, je roule plus vite que mon ombre et m’abîme facilement dans les vapeurs et autres lâches manipulations que fomente le THC dans votre dos, de celles qui vous renforcent paradoxalement dans l’idée que votre corps est votre ennemi, qu'il faut le faire taire à tout prix, et pire, que le monde autour en est le grand architecte, conspirateur en chef de votre inexorable perte… Curieuse époque que les plus fragiles (dont j’étais) traversent avec la démarche mal assurée (invisible pour le commun des mortels) de l’éclopé. La recette est alors simple pour avoir la paix. Donner le changer, paraître. A la question « comment ça va ? », répond le sourire bien aise :  «  pleine forme et toi ? ». Et le tour était joué.


Parfois, notamment lors des soirées monstres comme la vie étudiante en a le secret, le vernis se craquèle et je dois trouver du répit aux toilettes ou dans la salle de bains. Allez hop, dans la baignoire (lorsqu’elle ne débordait pas de bières fraîches), je tire le rideau pour passer inaperçu le temps de retrouver mes esprits, un peu de dignité, un semblant de joie pour la façade. Le temps matériel de tout reconstruire.


C’est précisément là que je me tiens ce fameux soir. La soirée d’anniversaire du populaire Jibouille bat son plein et me voilà planqué, à l'aise comme on peut l’imaginer en pareilles circonstances. Je cherche de l’air, le rideau tiré.


Comme si c'était hier...


Je viens d’achever le reste d’un joint dans le siphon lorsque la fenêtre au-dessus du lavabo s’ouvre… On est au rez-de-chaussée. Je pense un instant à un courant d’air. Puis au Père Noël qui se serait planté de trois semaines. On est le 11 décembre.


Le rideau de douche vacille et je comprends vite qu’il n’y a pas que l’air qui se soit engouffré.  Quelque chose déraille. Une ombre s’est vraiment faufilée dans la pièce. Je la devine et je ne souris plus du tout. Mon coeur s’emballe et je retiens ma respiration, les dernières vapeurs de skunk avec. Il y a le bruit sec de deux pas lourds sur le carrelage. Et l'odeur particulière de vapeurs d’alcool frelaté. Aigre, acide. 


Je me penche et je l’entrevois. Je reste silencieux ; les idées fusent, s’entrechoquent. Un ami désireux de faire une surprise ? Il est de dos. Je ne reconnais personne de familier. Il marmonne. Se lave les mains longuement qu’il a étrangement sales. Epaisses.


J’ai quoi qu’il en soit trop honte pour faire quoi que ce soit qui signalerait mon insigne faiblesse au monde extérieur. Ce serait une mauvaise réputation à naître dans ces petits milieux autorisés. Mais la peur s’ajoute à la décision de ne plus bouger, même un petit doigt.


Je le vois se saisir de mon masque effrayant de Michael Myers et du couteau du cuisine en plastique qui choient ensemble sur la paillasse. Il ajuste le masque face au miroir. Pas eu le temps de voir son visage. Ca ne me rappelle pas que des bon souvenirs. Mon coeur s’emballe.


Il ouvre la porte laissant un bruit dingue s’engouffrer dans la salle de bains.


Je compte bêtement jusqu'à 10 dans ma tête Dieu sait pourquoi.


Puis je lui emboîte le pas sans autre projet que celui du chat lors dans les jeux de notre enfance. Façon de dédramatiser peut-être. Allez comprendre. En sortant, c’est la cohue, je croise Anna derrière son masque au rire forcé d'Hillary Clinton. Avec le recul, elle me cherche sûrement, ça fait quelques temps qu'on se cherche, je crois que je lui plais, mais là ce n'est pas ou plus du tout le moment.   


Y a du beau monde. Partout, ça fête, ça saute, ça hurle, ça trépigne, ça s'empoigne avec affection. Je cherche Michael Myers du regard dans une forêt de masques. Je ne veux paniquer personne. Juste le repérer. Me rassurer aussi. Les gens me reconnaissent soudain.


"Bah Rémi... Il est où ton masque ?  Tu fais grève ? Tu joues plus ? 


Rires gras de Laurel et Hardy. Je ne suis plus luné pour répondre à qui que ce soit. Même l'animal social en moi s'est égaré.


Puis Frank Sinatra me désignant le jardin.


"Ah ben merde j'ai cru que c'était toi dehors ... trop drôle !


Re-rire gras.


Le buffet... Il faut me faufiler à découvert jusqu’au buffet, craignant les remarques des uns et des autres confortablement planqués sous leurs faciès de carton.


Au fond du petit jardinet de 3 mètres sur 3 mètres. C'est là que je le retrouve, au-dessus du banquet plus si garni. Massif, de dos, immobile. Pour tout dire inquiétant.


Il fait froid dehors. Une neige presqu’invisible se met à tomber et tout le monde s'excite de plus belle, persuadés de pouvoir intervenir avant que les innombrables flocons ne touchent le gazon pelé.


Michael se baffre, ses doigts disparus sous le masque. Sa longue gabardine beige rappelle davantage un peignoir que le pardessus de l'inspecteur Gadget.  Puis il se remet debout et rejoint le banc, s’asseoie dessus, se penche sur de minuscules écritures, cherchant à y déceler quelque vérité…


Il se redresse, et c’est le tableau qui me hante encore aujourd’hui. Il sort d’une de ses poches un petit couteau (du genre Suisse).


Je vois rouge, fonce dans l’appartement à la recherche de Jibouille planqué derrière son masque de Frankenstein. Je l'empoigne et le guide jusqu’au jardin.


Mais plus de Michael Myers.


Nulle part.


Il se moque. Ai-je rêvé ?


La neige a cessé.


Je passe pour un excité.


Mon pouls redescend. Je me détends.


Et c’est alors que je le vois briller sa lame au pied du banc.


L’Opinel est là.


D’intuition je m'en empare et scrute les inscriptions juste au-dessus. Y est gravé maladroitement :


MON BANC S’APPELLE REVIENS


C’est alors que je comprends. Jibouille aime chiner à cette époque. Je l'interroge et ce banc il confesse l’avoir récupéré non loin sur un trottoir et ramené avec l’aide d’un voisin.


Je passe finalement la nuit sur place. Le lendemain je le convainc de remettre le banc là où il l’a trouvé au bout de la rue près d’un square. Lorsque nous arrivons, transpirants, éreintés, évacuant une partie de l'alcool de la nuit, je reconnais l’intrus de la nuit d’avant à sa longue veste beige, à ses mains meurtries. Il vient à nous, opine timidement du chef et s’installe fier comme un pou sur ce banc. Je lui tends son couteau. Il me rend un sourire. Il est muet. Mais dans ses yeux, tout était dit.


vendredi 27 décembre 2024

The great escape

Tout commença dans cet angle mort que forme la rue Zéphir et l’impasse des soupirs où nous vivions alors ma mère, mon père et moi.
La terminale ! L’heure de la fin des cours avait sonné. Comme souvent après la quille, je faisais mon poisson pilote. J'accompagnais le copain du moment, Robin un grand dadet qui savait tout sur tout. A l'époque, je le suivais comme un toutou jusqu'au Bon Accueil, le rade du coin. C’était le bon copain de ces années-là. Un repère rassurant. Il avait déjà balisé pas mal de passages obligés vers l'âge adulte. Redoublant, il avait par exemple déjà quelques poils au menton et une petite amie aussi. Et puis ses habitudes au Bon accueil, son Babyfoot et son demi d’après les cours. Moi je carburais encore au lait fraise. Je n’en avais pas vraiment honte. Disons que l'enfance avait survécu en moi. 
Ce jour-là, je me souviens que le lait fraise trop vite ingurgité avait agi plus que de raison… Je descendis aux toilettes. Quand je remontai, je découvris que l'improbable duo (celui qui enflamme encore ma mémoire) était arrivé entretemps : essoufflé, Cédric était un petit gars (façon de parler, c’était une gigue, filiforme, immense avec toujours le sourire au coin des lèvres) du lycée plutôt discret. A ses côtés un lit médicalisé monté sur roulettes et un vieillard à l'air fort détendu était allongé dedans sous une épaisse couette rose. J’avais vite fait de comprendre qu’il s’agissait de son grand-père. Et que Cédric lui avait comme qui dirait ouvert la voie à la plus belle des expériences : l’école buissonnière.
J'imaginai brièvement Cédric dans une avenue en côte poussant le lit d'hôpital quelque part entre la clinique privée toute proche et le Bon Accueil. Son Papy était un vieil homme à l’œil étrangement vif, qui semblait attendre quelque chose avec passion, de tout son être.
"Appelle petit, appelle, elle va répondre pour sûr, qu'il avait répété, fébrile
Il semblait ardemment désirer parler dans le combiné du téléphone mural que son petit-fils lui tenait fermement contre l’oreille.
J’appris que le vieux monsieur rêvait alors de retrouver son amour de jeunesse rencontré dans ce même café 70 ans plus tôt. Roselyne Lacombe elle s'appelait. Cédric avait retrouvé le numéro de la dame qui était paraît-il toujours en vie. L'idée était d'appeler depuis l'endroit même où le coup de foudre avait eu lieu.  Hélas personne ne répondit au numéro composé cette fameuse fin de journée et son Papy s’en retourna le soir même dans sa petite maison de retraite. L'histoire ne dit pas s'ils finirent par se retrouver. Restait une parenthèse enchantée qu’il avait partagée avec son petit fils, le temps d’une folle équipée. Une escapade dans le couchant. The Great Escape jusqu’au bistrot du coin. Et une attraction sans pareil pour nous autres qui étions au spectacle.
Je finis par rentrer plus tard que d’ordinaire. Mes parents étaient inquiets. Je ne détestais pas l’idée de lire sur le visage de maman le soulagement de me voir arriver un peu en retard, juste ce qu’il fallait pour qu’elle soit assez inquiète mais pas de trop, pour qu’elle me serre assez fort dans ses bras. C'est ce qu'elle fit. Mon père apprécia moins. Partisan de l'austérité, il prit le contre-pied, m’administra une bonne taloche pour « avoir traîné comme un vaurien après l’école ».  Ce n’était pas un drôle le Papa. Par ailleurs têtu, refusant de consulter pour des douleurs thoraciques, il succomba à une crise cardiaque une semaine plus tard. C’est en aidant Maman à classer des papiers que je découvris dans une sacoche du paternel des correspondances passionnées et les photos anciennes d’une femme qu’il avait follement aimé. Je me dis que sa dureté envers moi venait de ce qu’inconsciemment nous l’avions ma mère et moi privé de cette idylle, de cette histoire qui ne s’était jamais écrite comme il l'aurait souhaité.
Je n’en ai jamais parlé à maman. Je ne lui ai pas dit non plus que chaque dimanche depuis la mort de Papa une mystérieuse personne vient fleurir sa tombe… Demain dimanche, j'irai, je me planquerai. Et je me dis qu'avec un peu de chance, je rencontrerai la femme qu'il chérissait secrètement. N'a-t-on pas tous dans le coeur une Roselyne Lacombe ?

vendredi 2 février 2024

La disparition mystèrieuse de Mascotto Biscoto


La mascotte de la Coupe du Monde 2038 au Maroc a disparu.

Qui sont les responsables ? Qui a commis cet acte ignoble ? Où est-elle passée ?

Les autorités s'inquiètent. Des enquêtes sont diligentées. Aucune trace...

Le crime parfait ? Bien possible.

Les sournoises Mascottes oubliées des éditions 78, 82 et 86 sont rapidement démasquées. Et de fil en aiguille, l'on remontera jusqu'au cerveau de cette machination diabolique.

Elle n'a pas supporté l'oubli, la souffrance, l'odeur de moisi, les cales,... 

Naranjita, la sournoise orange du Mondial 82.

Effigie du plus grand match de tous les temps. France-Allemagne. Rien d'étonnant.

Elle n'a pas compris. Qu'on se souvienne d'un match et pas de sa mascotte, de l'emblème d'une compétition marquante, de l'ancêtre de toutes les mascottes qui viendront plus tard. Les prémisses, la naissance du Marketing sportif. De l'émotion, de la mélancolie à l'état brut. Elle s'est sentie lésée. Elle l'ancienne, incarnant, la sagesse, le respect des traditions. Elle a voulu récupérer son bien tout simplement. Son statut. Sa couronne.

Elle serait trop datée, trop pixélisée, trop vieille, obsolète ? Que nenni, elle en a dans le citron. Pas de raison de se laisser commander par des mascottes plus jeunes, plus jolies certes, mais facilement oubliables, tellement interchangeables, prévisibles... Nananjita elle sait qu'avec ce coup de maître, on ne l'oubliera pas de sitôt. Voire jamais.

C'est Joe le kiwi et Wesh la carotte qui ont mené l'enquête. Merci à leur dévouement sans failles. Le problème c'est qu'alors que l'enquête semble avoir été résolue, Joe le Kiwi disparaît à son tour. Wesh la carotte ne croit pas guère à la lettre retrouvée chez son camarade évoquant le désir de prendre une longue année sabbatique en Afrique Australe. Elle n'en croit pas un traître mot.

Wesh mène l'enquête. Elle commence son périple à la fabrique des rêves dans la 322ème rue... C'est là que le portable de Joe le Kiwi a borné pour la dernière fois.

Cette fabrique des rêves est une association à but non lucratif qui permet aux familles défavorisées de pouvoir occuper utilement leur temps lors des grands vacances.

L'enquête, la vraie, peut enfin commencer...

Nimbuus 20

 C'est l'histoire d'un robot drône, le Nimbuus 20 , qui vit dans un monde blanc et sans émotions. Il se déplace à loisir et tour...