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lundi 29 mars 2021

les vacances de Tixo sur terre (un mini-conte de Mademoiselle Nahia)

 


Tixo le martien est arrivé sur la Terre le 8 février 2020. Il est reparti le 8 mars 2020.
Il nous raconte son voyage :

« Quand je suis arrivé là-bas, tout était différent. Je ne savais plus où donner de la tête tellement c’était ingénieux, original et simple en même temps. Puis il s’est passé des jours et j’ai découvert les inconvénients de cette planète : c’était extrêmement pollué, il n’y avait pas beaucoup d’arbres, ils étaient tous dépendants de quelque chose (cigarettes, écrans, alcool, etc). Il avaient tué des animaux et des arbres pour faire du papier ou de la nourriture en trop grosse quantité et puis le trou que j’ai utilisé pour rentrer à la maison était en fait un trou dans leur couche d’ozone qui avait été provoqué par la pollution. Bref, un peu catastrophique cette planète !

Mais bon ils ont plein de jeux sympas, des attractions et surtout plein d’activités, alors ce voyage m’a plutôt plu et beaucoup appris.

lundi 22 mars 2021

Mon Oncle, l'Ogre (Un conte de Mademoiselle Nahia)

 

C'était un ogre énorme, il portait une dague à la ceinture (on se demande bien pourquoi, parce que ses dents étaient déjà de véritables guillotines).Il portait un manteau en peau d'hommes et de moutons. Sa peau était grisâtre, ses dents étaient jaunâtres, ses cheveux étaient sales et poisseux à tel point qu'il n'était plus blancs mais marrons. Il dégageait une odeur de sang, de chair et de boyaux. Ses pieds puaient le fromage (ce qui était étonnant car jusque là on aurait pu croire qu'il était vegan). Il avait une très longue barbe broussailleuse qui lui servait de lit. Et quand il s'apprêtait à parler il mettait ses poings sur ses côtes et son juron préféré était :"Par l'humain farci que j'ai mangé hier..."
Il était horrible, alors imaginez-vous être son neveu comme moi ? Par l'humain farci que j'ai mangé hier, vous mordriez la poussière!
HA HA HA HA HA !!!

Anne ONYME

samedi 6 mars 2021

Imagine les aventures d'un pirate sur une ile maudite (un conte de Mademoiselle Nahia)

 


Il était une fois un capitaine nommé Croc noir, il partait avec son navire le Tryton vers l’ïle du diable pour y dénicher un trésor. Mais le temps ne l’entendait pas de cette oreille. D’énormes vagues se formaient et des éclairs fendaient le ciel. Ils passèrent 8 jours et 7 nuits sur le Tryton avant d’enfin pouvoir accoster sur l’île.  Quand ils furent arrivés, tout était calme.  Alors Croc noir décida d’installer un campement. A la tombée de la nuit, tout le monde avait une tente avec ses affaires dedans et au milieu il y avait un feu pour faire griller du poisson et des pommes de terre et pour les plus gourmands des chamallows. Le lendemain ils partirent à la chasse au trésor et tombèrent sur une clairière dévastée par des trous et pleine de squelettes. Ils comprirent alors que c’était l’endroit où était caché le trésor. Il y avait une source d’eau pure à côté. Ils commencèrent à creuser et quand ils eurent soif ils partirent boire de l’eau à la source. Au bout du 21ème jour, ils comprirent enfin où était caché le trésor… Croc noir ordonna à ses hommes d’aller chercher 10 jarres de terre cuite pour qu’ils les remplissent avec de l’eau de la source :  car le trésor c’était la source.

Ils repartirent chez eux et comme par hasard le temps était beau. Ils comprirent qu’en voyant l’eau à sa juste valeur, la malédiction du diable avait été levée. Arrivés chez eux ils comparèrent l’eau des jarres et l’eau normale. A leur grande satisfaction, l’eau des jarres était beaucoup plus claire. Depuis ce jour, des gens ont emménagé sur l’île pour faire pousser des fruits plus sucrés que d’autres grâce à l’eau pure de la source.

vendredi 5 mars 2021

La soif de pouvoir (Un conte de Mademoiselle Nahia)

 

Il était une fois une jeune fille qui se décida à faire le tour du monde. Elle arriva finalement dans un désert de sable fin. Dans ce désert, elle découvrit un joyau rouge. Elle s’apprêtait à le mettre dans sa poche quand soudain un gigantesque serpent d’or sortit du sable. Il dit « Jeune dame, ne prends pas de rubis, si tu me le laisses, je t’offrirai ce qui te plaira ». La demoiselle réfléchit un instant avant d’acquiescer. Le serpent reprit : « Que veux-tu ? »
« Je voudrais de l’or et des trésors pour les montrer à ma famille »
« Pars en paix »       
Le serpent rentra la tête puis la queue dans le sable et… hop !
La jeune fille se retrouva chez elle avec de l’or et des trésors plein les poches.
Un mois plus tard, elle retourna dans le désert et cette fois-ci, elle demanda au serpent des pouvoirs aussi puissants que les siens.
« Es-tu sûr de vouloir cela ? »
« Oui je le suis »
Aussitôt, hop ! Il s’exécuta.
Et elle se transforma en serpent d’or.
Une enveloppe contenant un joyau bleu apparut à côté d’elle. 
« Si tu veux survivre, tu dois protéger ton saphir »
Puis il disparut et elle demeura seule avec sa soif de pouvoir.

lundi 1 février 2021

Rémi Lamer (Un conte de Mademoiselle Nahia)

 


 (Texte autour de la photo de « Rémi écoutant la mer », Edouard BOUBAT. 1995)

Il était une fois un petit orphelin qu’on appelait Rémi Lamer parce que dès qu’il engageait une conversation c’était sur le thème de la mer. Il disait à tout le monde qu’un jour il entendrait le bruit des vagues se fracassant sur la falaise et le cri des mouettes pourchassant de vaillants petits poissons. Mais malheureusement pour lui, la mer n’était pas si près que ça. Un jour, un marchand de pacotille déguisé en clown vint à l’orphelinat pour divertir les enfants. Rémi toujours dans la lune ne fit même pas attention à lui. Le marchand faisait rigoler tous les enfants à part Rémi.

Il demanda « Comment s’appelle le petit garçon les enfants ? » en désignant Rémi.

Les enfants répondirent en cœur : « C’est Rémi Lamer car il ne pense qu’à la mer M’sieur. Sûrement qu’il y pense en ce moment ! ». Tous les enfants explosèrent de rire.

Le marchand les laissa à leur rigolade et se dirigea vers Rémi. Rémi sursauta quand il vit le clown s’asseoir à côté de lui.

« Veux-tu écouter la mer se fracasser contre la falaise et les cris des mouettes pourchassant de vaillants petits poissons ? » demanda le clown.

Rémi hésita puis acquiesca. Le marchand sortit un coquillage semblable à celui qu’il portait au cou mais en beaucoup plus gros. Il lui colla à l’oreille et Rémi entendit de grosses vagues, des mouettes qui avaient beaucoup de voix et surtout des enfants qui rigolaient en pataugeant dans l’eau.  Rémi était émerveillé. Alors le clown enleva son collier, le noua autour du cou de Rémi et dit : « Ca te dirait que je t’adopte et qu’on parte ensemble découvrir les plus belles plages du monde ? ». Le clown qui était en fait venu pour adopter un enfant fut ravi que Rémi soit d’accord. Et selon une légende, de nombreuses plages ont été découvertes par deux hommes dont l'un portait un coquillage autour du cou. 

samedi 2 janvier 2021

Derrière la fable, trouver la fontaine

J'ai toujours pensé qu'il y avait autre chose à comprendre des fables de La Fontaine, et par voie de conséquence du travail d'Esope en amont que ce que leur première lecture pouvait nous laisser comprendre.

Rarement morales auront pourtant été aussi limpides.

Tiens, prenons La cigale et la fourmi.

Le message est clair. L'oisiveté est souvent mère de nombreux maux. La cigale est dépensière, vit dans l'instant présent pendant que la fourni, travailleuse, est organisée, voit loin et ne se retrouve pas dans le besoin. Le message est même teinté d'une "critique" acerbe de la fourmi qui serait égoïste, qui ne serait pas "prêteuse"... Pingre, radine, peu prompte à aider son prochain dans le besoin.

Oui mais voilà, pour moi la cigale, en filigrane, c'est aussi "yo soy", c'est le culte de la personnalité, c'est le chemin de celle ou de celui qui s'écoute, se mire, se respire, celle qui se pense à tort connectée au "tout" lorsqu'elle chante et pousse ses incantations vers le ciel.

Illusoire. les apparences sont trompeuses. Méfions-nous des premières impressions.

La Fourmi semble à première vue être celle qui vit dans la détermination, dans une absence à la vérité dernière, prisonnière d'une matérialité sclérosante pendant qu'on imagine la cigale comme aspirant à découvrir des mondes célestes, cachés.

Et bien non, c'est tout le contraire, je m'explique.

Ce que peut raconter la fable en filigrane c'est justement que la fourmi par son sens inné du sacrifice pour le collectif, par sa capacité à gommer l'égo, la recherche individuelle d'un bonheur terrestre, est précisément celle qui a "tout compris". Mais elle n'est pas "prêteuse", au sens de ce qu'elle ne livre pas facilement son secret, son intime connaissance des fins dernières... Car l'hiver qui est venu, c'est aussi le soir de la vie naturellement... La cigale s'aperçoit qu'elle s'est perdue en chemin et qu'elle a perdu de vue l'essentiel, le sens de ce qu'elle faisait ici bas. Elle voudrait que la Fourmi lui révèle ce secret mais la fourmi laisse entendre que pour comprendre il faut être une fourmi, il faut s'effacer au sein du groupe, être dans le rôle qui nous est dévolu, dans l'instant présent de touts les instants, alors on peut savoir, alors on sait. On n'est pas prêteur de ce qui doit se vivre pour être ressenti, compris. 

Si je me penche sur le lièvre et la tortue c'est la même chose : l'enseignement à première vue est limpide, il concerne le fait de ne pas remettre à demain ce qu'on peut faire aujourd'hui, à combattre la procrastination, à éviter de faire les choses dans la précipitation, souvent mauvaise conseillère. Soit...

Mais Le Lièvre c'est tout aussi bien le capitalisme et sa recherche folle de résultats et d'une efficacité pour maintenant, tout de suite... Le chiffre le chiffre, le chiffre. C'est l'accélération des échanges (courrier puis téléphone puis fax puis mail...) sa dématérialisation dans notre société du tout numérique, du tout et tout de suite. Tendance s'opposant à la méthodique et lente progression de la Tortue qui reste ancrée, qui ne perd de vue ni son objectif ni ses repères (sa maison en permanence sur son dos).

Allons plus loin : Le lièvre c'est le symbole vivant de cette société de consommation et du spectacle prophétisée par Guy Debord. La lièvre cherche la lumière, les louanges, se concentre sur sa propre trajectoire sous les projecteurs et sur les écrans du monde qui l'a façonné... Son image avant tout. C'est ainsi qu'il finit par se perdre, s'oublier, se noyer.... La tortue elle n'est pas sensible à ce chant des sirènes, elle se contente de ce qu'elle a, une petite maison, de quoi vivre, elle apprécie chaque pas effectué, elle se réalise dans l'écoulement de chaque seconde, elle se réalise pleinement dans l'instant présent. Sans se projeter, sans se retourner, sans anticiper. A chaque pas suffit sa peine. Elle dit mieux que quiconque les vertus du Carpe Diem qui révèle à son disciple le vrai sens de la vie. Du moment présent. 

Quid du Corbeau et du Renard : L'égo toujours l'égo... Qui offre au manipulateur, à l'être intéressé les moyens de tromper l'autre, de s'élever socialement en flattant son ego. Mettez l'ego de côté et vous revivrez. L'égo c'est la propriété, c'est aussi paradoxalement ce bout de fromage sur lequel lorgnent les envieux. La fable ne dit pas autre chose : lâchez ce fromage (la notoriété, l'argent, l'entregent), descendez de cet arbre (situation sociale enviable), redescendez sur terre redevenez vous-même c'est à dire un être vivant sans vous laisser guider / dévorer par son ego et vous ne vivrez jamais de désillusions. Vous vivrez vraiment. 

On pourrait faire de même pour le Chène et le Roseau : Evidemment plus vous êtes arrivé "haut" socialement, plus la chute est rude. Les déconvenues sont plus violentes pour les grands de ce monde quand tout s'arrête brutalement. Mais j'ai toujours vu cette fable comme la métaphore de l'expert et de l'apprenti. Les certitudes face à la capacité permanente d'émerveillement et d'apprentissage. De remise en question aussi. La souplesse du roseau c'est de ne pas se prendre pour ce qu'il n'est pas. Personne n'est expert, personne ne devrait le devenir. Amateur oui (d'art), passionné oui, mais expert jamais ! C'est sur ces chemins là qu'on se calcifié, qu'on se sclérose, que la première tempête nous emporte.

lundi 28 décembre 2020

Le jeu de la tartine grillée

Josy est économe de ses mots, elle observe en souffrance. Tout semble fragile, à l'intérieur et ne jamais vouloir en sortir. Raison pour laquelle Josy ne mange pas, ne mange rien. Déjà trop de choses coincées dedans, de noeuds gordiens, pour accueillir quoi que ce soit de nouveau. De nourrissant. Elle est anorexique comme on dit. Elle se nourrit sans le savoir de cette douleur muette, enfouie. Au grand désarroi de son père qui cherche la parade. Mais la cherche en vain. 

Un matin, il revient dans la cuisine après avoir préparé la tenue de Josy et constate que la tartine et sa fine couche de beurre fondu ont disparu. Ne reste près du bol que quelques miettes qui le mettent en joie. Il interroge, encore fébrile : "tu l'as mangé ma chérie ?". Fièrement, Josy acquiesce. Il est tout guilleret en la déposant à l'école. Josy est rayonnante, probablement heureuse de voir son papa si heureux.

Mais en rentrant ce matin-là, après avoir fait la vaisselle, nettoyé la plan de travail dans la cuisine silencieuse, papa retrouve la tartine, soigneusement cachée derrière la boîte de céréales. Sa conscience tranquille se fissure silencieusement.

Il pourrait mal le prendre, il pourrait mal le vivre, comme une défaite, pire, un affront, mais son tempérament prend le dessus, un sourire lumineux s'imprime sur son visage. Il vient de comprendre quelque chose : que pour sauver sa fille, il devra redevenir l'enfant qu'il a été lui aussi. Un compagnon de jeu bienveillant.

Le lendemain matin, il instaure une règle pour égayer leurs routines matinales. Papa fait griller une tartine, la beurre et Josy a le devoir de la cacher dans la cuisine pendant que lui va dans le salon pour compter jusqu'à 20. S'il la retrouve avant l'heure d'aller à l'école, il la dévore goulûment - malgré les conseils du médecin de famille l'encourageant à limiter les matières grasses. 

A chaque matin, un nouvel exploit. Papa la retrouve à temps et Josy adore ce défi stimulant. Il gagne de jour en jour en célérité pendant qu'elle redouble d'imagination pour trouver des cachettes toujours plus sophistiquées. Mais papa est décidément trop fort.

Voilà qu'un matin, elle trouve enfin l'idée fulgurante, se laisse traverser par le projet fou qui lui permettra de gagner enfin une partie contre ce papa plein de ressources... Elle a alors ce geste irrationnel, sans retour, qui lui offrira elle en est sûre la victoire à tout jamais.

Josy cache délicatement la tartine... dans son ventre. Et c'est que ça lui plaît dis donc.

Miam de faim, euh... Miam de fin.


   

 

samedi 19 décembre 2020

A nos brebis égarées

Tout s'est déréglé comme ça. De façon invisible.

Parce que soudain l'ordre des choses fut rejeté par la majorité des brebis.

Les Pyrénées étaient devenu ce Pays étrange où le droit de chacun au bonheur avait désormais une égale importance, où la loi de l'un prévalait. Le nombre s'était étrangement exprimé pour ériger la liberté individuelle en valeur cardinale, pour émanciper (par la valorisation de chaque trajectoire individuelle de vie) le groupe des servitudes d'antan.

Cela débuta par l'abolition de l'exploitation mercantile. Longtemps les brebis avaient été protégées par des bergers pas toujours tendres. Le souvenir des morsures vives au jarret, des aboiements têtus, des coups de griffe parfois, s'étaient ancré profondément dans l'inconscient collectif.. Honnie cette lâcheté des hommes déléguant à leur plus fidèle ami les basses besognes. C'était l'amour vache, on aimait le rôle protecteur de ces hommes bourrus qui connaissaient mieux qui personne la montagne, qui aimaient leur travail et leurs animaux, mais on ne supportait pas cette déférence, ce regard par au-dessus, ce racisme à peine voilé, on détestait les coups, la tonte, le fromage, les méchouis, les agneaux de lait... carnage, carnage, on refusa de continuer à subir ce qui ne semblait une chose normale qu'aux brebis planquées (les domestiques, les chouchoutées, les engraissées, les affublées d'un petit nom mignon). Alors on s'organisa pour faire valoir les droits de chacune à une vie au grand air. Liberté pour chaque brebis ! Le droit des animaux venait d'être reconnu, réglementé. Une aubaine pour les rats de tribunaux. De juteux combats à venir. On se pourvut en justice et l'on fit le bonheur et les poches pleines d'avocats jamais aussi pressés d'être en première ligne pour ces combats qu'il mène "la main sur le coeur" pour la postérité, leurs propres mots...

Les brebis obtinrent d'exclure les bergers et leurs humains excès de la montagne, de les renvoyer à leurs chères villes (qu'il connaissaient si peu). A coup d'ordonnances et de décisions de justice, tout fut mené tambour battant, un jeu d'enfant. Et l'on forma une catégorie de brebis, les plus râleuses, celles qui raffolaient de la castagne,  pour constituer une faction, sorte de garnison de "grandes soeurs", entraînée pour faire régner l'ordre, respecter les lois, en passant par le dialogue, la diplomatie avec toujours la menace de faire intervenir la justice. Après tout,  qu'est-ce qui pouvait empêcher une brebis, agneau de dieu, de faire le boulot d'un berger ? Pour le dire autrement, est-ce qu'un berger pouvait "dépasser" une brebis ? C'était le "bon mot" qui se répandait comme une traînée de poudre chez ces animaux à laine derrière un rire un peu pincé. La gentrification des esprits, que voulez-vous ?  

Chacun put ainsi vivre à nouveau en parfaite harmonie dans le plus grand respect de la nature, de soi et d'autrui. Plus de violence. Jamais. Du respect pour la planète et de l'amour, partout beaucoup d'amour. Et des lois et des juges pour en huiler les rouages ! On avait arraché sa liberté, les brebis étaient désormais maîtresses de leur destin.    

Mais tout ceci n'eut qu'un temps. La nature n'a-t-elle pas horreur du vide ? Personne n'imaginait qu'un jour ou l'autre le loup serait de retour dans les Pyrénées... Le loup n'était plus dans les légendes locales que le gentil animal tout mignon qui faisait des mamours à tout bout de champ et qui voulait des câlins. Pourtant le loup, le vrai, revint. Abasourdi, n'en croyant pas ses yeux, il courut ameuter tous ses compères de ripaille, leur contant l'invraisemblable repas de fête qui les attendait sans qu'ils ne courent étrangement le moindre risque. Les loups ne firent qu'un bouchée des brebis bergères et se régalèrent du reste du cheptel... Un repas gargantuesque.  Rien ne put s'opposer à leur frénésie,  ni les "beeeeeeeeh je vais porter plainte" ni les "beeeeeeeeh j'ai confiance en la justice" ni les "beeeeeeeeh Revenez Messieurs les Bergers, revenez..." sous le regard goguenard de loups hilares et rassasiés, décontenancés devant, je les cite, "tant de bisounourserie agglutinée".

dimanche 4 octobre 2020

Les Azalées


A la mort de son père, Côme a hérité des Azalées, une sacrée maison. Pas facile la demeure. Achetée par le paternel, Manex (prononcer Manech), qui nourrissait alors des ambitions dévorantes, qui avait des vues sur le monde possiblement égotiques. Chef d'entreprise diplômé de Polytechnique, Manex était promis à un grand destin grâce à l'amour débordant mis en lui par une mère le préférant visiblement à ses 4 frères, voilà qui l'avait programmé pour réussir, réussir, réussir et donner raison à sa maman d'avoir mis autant d'espoir en ce fils prodigue. C'est que 1) il ressemblait beaucoup à sa mère 2) il avait failli mourir à la naissance au coeur d'un hiver rigoureux. L'hiver 41.

La maison en impose, c'est une maison de Maître, qui ne souffre pas la critique bien sûr mais tellement peu pratique à exploiter : chaque pièce y est une pièce unique, chaque volet chaque fenêtre, du sur-mesure. Un projet à la démesure de son père. Impossible à aménager sans dénaturer le lieu. Pour Côme un véritable casse-tête.

Naturellement, son père ignorait que le fils se sentirait écrasé par la demeure, dans une souffrance à en assumer l'héritage. Est-ce que Belmondo, Delon, Chaplin, Roosevelt, Einstein ont pu imaginer que de ce qu'il s'octroyait de leur vivant leur serait retranché à travers leur progéniture ? Est-ce que notre descendance, notre prolongement, ce n'est pas aussi nous ? Sommes-nous plutôt ondes ou plutôt particules ? Et que nous enseigne le jazz à ce sujet ? Que nous ne ferions qu'ondoyer après tout.

Côme savait sans savoir le verbaliser que son papa vivait sous l'influence subtile et néfaste de la belle mère qui, psychologue de son état, ne résistait pas, c'est humain, au plaisir de la suggestion psychanalytique, déformation professionnelle, manipulation assumée dans les angles morts, autour des signaux faibles. Manex aura vécu les 7 dernières années de sa vie avec cette femme. Son humour longtemps potache avait même fini par tourner autour de remarques à Côme du genre de "Si tu continues, je vais te déshériter". Humour Lacanien ou Freudien ? Difficile à dire. Sauf que son épouse était de l"école Lacanienne. Probable que l'humour avait été livré avec le packaging, l'enveloppe, l'embrigadement idéologique. La projection sur les murs lavés du monde extérieur de préoccupations "essentiellement" matérielles chez la belle-mère qui avait simplement déteint sur le paternel. Quoi de plus naturel ?

Côme proposait des vacances en tête à tête avec papa Manex, et c'est papa pourtant à la retraite qui répondait gêné aux entournures, comme sous emprise : "j'attends les vacances de Maria-Teresa". C'est qu'il avait été anesthésié, incapable de vivre sa retraite comme il l'entendait, autrement qu'à travers une figure recomposée (les plats lyophilisés), sans amour, sans véritable sens, avec cette idée de l'homme et de la femme prenant ensemble, de concert, les décisions les plus enfantines : Qui descend les poubelles ? Qui fait la vaisselle ? Qui enfante ?  Qui met au monde ? Qui chasse ? Qui ramène à manger ? Toi et moi ? Toto et lolo. Tous enfants compris.

Côme est de ce fait fragile lorsqu'il hérite. Et pour ce que la maison représente et pour la relation empoisonnée qui s'annonce avec la belle-mère qui fuit ses responsabilités et ne participe en rien à l'entretien de la demeure. Il y reste seul, prisonnier de celle qui semble le scruter par au-dessus. A mesure que Les Azalées grandit dans son esprit pour mieux l'assommer, à mesure que les charges s'accumulent et les coups durs (fosse septique à rénover, termites à chasser, bois pourri à remplacer, fuites sur le toit, peinture extérieure à la fin de quelque chose, quelques arbres malades qui finissent par tomber chez le voisin, cambriolage aux premiers jours du printemps...), il comprend que de cette impossibilité cumulative naît sa capacité à faire face par le biais le plus simple, gai, vivant qui soit : l'écriture.

C'est qu'il a toujours aimé ça Côme. A 12 ans il écrivait. Mal mais il aimait ça, se réveiller avant les autres, déchirer le silence des mouvements gauches de ses doigts sur le clavier du Minitel. Depuis, il n'a eu de cesse d'écrire la grande oeuvre maladroitement. Tous les chemins frayés ont fini par mener aux Azalées. Le noeud gordien, Le centre de gravité... Des récits entremêlés de toutes époques, de toute saison où histoire familiale après histoire familiale, destin exemplaire contre destin funeste, il accouche sur des bouts de papier qu'il ne respecte jamais assez de ce récit protéiforme sous la forme de fables avortées, interrompues, inachevées mais aussi riches sur le plan narratif qu'instructives au final pour prend le temps de vraiment les lire.

Ces écrits connaîtront finalement le succès, ironie du sort, au moment où l'Etat s'apprêtait à raser la maison devenu château hanté de la belle aux bois dormant semblant vouloir s'effacer derrière un enchevêtrement sans fin de ronces, de pudeurs inavouées, d'interminables acacias. C'est ainsi que naîtra le culte de la bâtisse par des lecteurs du monde entier et la demeure retrouvera son lustre d'antan (celui dont rêvait son père lorsqu'il avait acheté "la plus belle maison du village") grâce à des mots, grâce à des feuilles, grâce à l'imprimerie ! Et grâce à la facétieuse imagination d'un créateur venu à la création par nécessité. A quelque chose malheur serait bon.

Le récit entrecoupé, laisserait entrevoir des trappes secrètes, des indices amènent à penser qu'encore aujourd'hui la maison Les Azalées abrite les secrets de la genèse de ses Contes du Moulin et de la Montagne, qu'elle est un casse-tête à elle toute seule, et que chacun génération après génération pourra venir tenter sa chance comme du temps révéré d'Arthur et de cette épée magique que tout un royaume voulut venir libérer de la pierre... transformant un sous-bois quelconque en centre du monde pour une infinité de rêveurs convaincus que le vagabondage de l'esprit dépassera toujours de loin les possibilités (pourtant parfois folles) qu'offre le réel.
                      

Mohamed


Begnat a été recruté dans cette société Parisienne du genre "startupiste". Il y est question de Video à la demande, un marché en plein boom. La dématérialisation des contenus, le 7ème art à la portée de tous. La passion démocratisée. Depuis ses intronisations silencieuses au 7ème Art dans les salles obscures du Marine et du Vauban de Bayonne, Begnat a toujours eu en tête de "rendre au cinéma", qui lui a tant donné : notamment la capacité à saisir l'instant présent, paradoxalement, la matérialisation d'un rêve, d'un élan pour avancer.

Begnat est parti de son Pays Basque natal pour suivre des études d'ingénieur dans la capitale. Qui pouvait le plus pouvait le moins. Pensée pas vaine de son instituteur de père. Une fois à Paris, boursier à Louis le Grand, il entendit plus d'un fois qu'il irait retourner élever ses brebis si les résultats ne s'amélioraient pas... Son accent le trahissait mais il l'a gommé avec le temps, son prénom, il a fini par le franciser. C'est désormais Bernard. En revanche son nom Mendiburu, il n'y peut rien. A part prononcer les U comme dans "Turlututu" ou "Dénaturer".

Bernard est doué pour les études, ce qui lui a permis de poursuivre un cursus enviable et d'obtenir son diplôme d'une grande école d'ingénieur. Aucune difficulté ne semble se refuser à lui. Malgré une carrière toute tracée. Mais il est du genre timide. Il n'ose pas dire ce qu'il pense. Probablement que cela vient de ses origines qu'on s'est évertué à soigneusement gommer, et cela vient aussi d'une tradition familiale, culturelle, filiale, où l'on doit "réussir" au risque d'être envoyé par bateau vers l'Amérique du Sud... Pour ceux qui sont restés, qui n'ont pas revu les frères, les oncles, les cousins, la famille exilée... C'est un peu comme si on les avait envoyé se noyer dans le vaste océan. Difficile après cela de trouver du plaisir de tout ce qu'on fera dans la vie, parce que tout prend une dimension impérieuse, tout devient une question de vie ou de mort, une affaire de devoir qui recèle beaucoup de danger. Longtemps Bernard a d'ailleurs été hanté par la vision de chatons qu'on emmaillote dans un linge de maison et qu'on offre en pâture au fleuve et ses eaux insatiables.

La peur est devenu son compagnon fidèle. Le cinéma l'exutoire qui l'en a délesté. A chaque film une évasion. La réalité prend la forme d'une épée de Damoclès, la vision de ce que pourrait déclencher la baisse de sa garde... Pour aller plus loin, il s'anesthésie tout seul en craignant de voir se réaliser les prophéties apocalyptiques que sa pensée enfante à l'idée d'affirmer ce qu'il est, ce qu'il pense... Ôter son armure en société, ça non, jamais ! Ce qui constitue un problème lorsque tu as les bonnes idées pour faire grandir une activité mais que tu m'oses pas les défendre de peur (irrationnelle) qu'on démasque par ton accent, par tes mimiques, par ta gestuelle, par le choix même de tes mots, par le fonds de ta pensée (est-il inséparable de ce que nous sommes, du bois dont nous sommes faits ?) ton extraction sociale, ton origine géographique, tes tares familiales, tes traits culturels, ce rapport incontrôlable à la peur ? Il n'est de fait pas libre de ses paroles ni de ses gestes. Il éprouve une gêne et pas de plaisir lorsqu'il est en réunion ou en compagnie (au bureau comme au restaurant d'entreprise) de ses collègues qu'ils soient en lien fonctionnel avec lui (au sein de son service commercial) ou hiérarchique (Comme on dit avec ses n+1 et n+2 et n+3...). toute cette sémantique vient d'ailleurs renforcer son côté "robotique" "exécutant" qui présente l'avantage de lui éviter la gamberge... 

Dans une entreprise comme en société, la décision revient au décideur toujours planqué au sommet de la pyramide, entouré d'une clique d'ambitieux, qui sont montés par capillarité sociale (même engence, même études mêmes ambitions mêmes codes, même couleur de pot, entendez pot d'échappement, qui propulse votre "fusée" à travers l'espace et le temps en obéissant à un socle de valeurs communes), la cohorte de courtisans qui sont venus pour des envies autour de strass et de paillettes, où l'on rêve des marches de Cannes puis du soleil de la Californie. Tout le monde en rêve, chacun a fourbi ses armes pour se construire le sens de cette histoire espérée. Bernard lui rêve depuis toujours de pellicule, d'argentique, et de dénicher des perles rares dans des entrepôts où dorment des vieux films en Noir et blanc. De ceux qui l'ont sauvé de la peur qui l'ont nourri au plaisir retrouvé.

Ses supérieurs scrutent le chiffre, les opportunités de faire grossir le chiffre. Lui ne comprend pas la démarche, rêverait de remettre du sens, retrouver les raisons pour lesquelles le cinéma l'a sauvé. Des rencontres fortuites d'où naîtra le miracle. Lui pense qu'il faut partir de l'émotion pour la transmettre et ne pas regarder ce qui plaît aux autres pour le copier. lais il se refuse à dire ce qu'il ressent et en souffre légitimement. Cela contribue à ce que le climat se tende avec sa hiérarchie (il résiste comme il peut, il est dur au mal).

Heureusement, il passe du temps le soir ou tôt le matin avec Mohamed. Mohamed fait le ménage, il est l'homme à faire beaucoup, silencieusement. Le dernier déménagement c'est lui. Bernard aime redevenir lui-même en sa compagnie. Il l'est pleinement. Car ni séduction, ni soumission entre ces deux là. Juste des discussions franches d'homme à homme.

Mohamed a très vite son oreille. les 2 s'entendent bien, partagent des idées sur la famille le travail etc. Bernard n'aime pas les strass et paillettes du milieu dont il découvre les aspects les moins ragoûtants. Il est là parce que le cinéma l'a sauvé.  Il se sent une dette encore lui. Il aime Ready Player One, Assurance sur la mort, Mulholland Drive ou The Shining pour leur générosité, les mises en abîme, les réflexions saines et sans fin qu'ils savent susciter chez lui comme spectateur. parce qu'il peut alors se les approprier, les faire siens. Ils deviennent des compagnons, matières à réfléchir, à penser par soi-même ! L'interprétation devenant la condition et la clé d'une émancipation fondamentale.

Avec Mohamed qui a gardé de son enfance et d'une mère grande rêveuse un vieux projecteur de cinéma. ils partagent cette passion qui les amènent quelquefois à découvrir des films (commandés au service technique où dorment les innombrables bobines de pépites qui ne demandent qu'à être découvertes, révélées au grand public)... Ils découvrent, débriefent. Un jour, au détour de la révélation que fut la projection d'un nouveau joyau méconnu du 7ème art, La Java du passé, ils rêvent ensemble de voir ce film édité par la société qui les emploie.

Evidemment, le plus simple serait de convaincre le grand patron. Ils évoquent cet homme mystérieux que personne n'a jamais vu et dont la légende rapporte qu'il aime cultiver le secret, qu'il vivrait entre Paris et les US. On évoque un autodidacte éclairé. Ayant commencé sur les puces, dans les brocantes à se faire la main avec de vieilles cassettes VHS. On le dit surdoué pour les affaires. La seule façon de le rencontrer pour les salariés de cette succursale consacrée à l'édition de films, ce sont des parties de First Person Shooter le soir. Le patron est alors présent sous le pseudo Edward M.A. Moon

Sur les conseils de Mohamed, Bernard se décide un matin et va proposer à sa hiérarchie ce fameux La Java du Passé pour l'édition mais sans succès. On lui fait comprendre que les films "à la façon de Melville" ça n'est plus à la mode...

Mêrme s'il est déçu, Bernard n'a pas le temps de gamberger ou de déprimer. Il reçoit une lettre sur son bureau. Il est convoqué par son n+1. Celui-ci lui explique qu'il a reçu une lettre de son propre n+1  lui demandant d'adresser cette lettre à Bernard en lui fixant rdv dans le bureau de ce dernier. Qui lui avoue avoir reçu le même courrier de n+3 de Bernard. C'est ainsi que de rendez-vous stérile en rendez-vous stérile, Bernard prend un avion pour Almeria. Tout lui semble mystérieux, mais il aime ce climat qui lui rappelle le caractère imprévisible de ces grands films qui l'ont vivifié.  

Il est pris en charge par un simple taxi qui l'emmène à Albox. Aux abords de maisons troglodytes.  Il est reçu le plus simplement du monde dans l'une de ses dernières par Edward M.A. Moon qui surgit de l'ombre.

Moon A. M.. Ed. Il reconnaît alors Mohamed qui lui avoue que le secret de son succès a toujours été d'aimer ce qu'il avait de plus cher, cette maison de pierre où sa mère est née, qu'il n'a fait qu'embellir par la suite. Il sait aussi que pour choisir les bons "équipiers", rien de mieux que de se fondre dans la masse de la société et d'observer depuis le statut le moins enviable, pour apprécier, voir qui se comporte bien, qui est empathique, qui est désintéressé, qui lave sa tasse à café après l'avoir bu, et surtout qui a les vraies bonnes idées. Or pour avoir les idées il faut être connecté à ce à quoi l'on travaille. Y être attaché corps et âme.

Mohamed lui explique avoir attendu d'observer la réaction de la hiérarchie de Bernard lorsqu'il avait proposé de faire découvrir la Java du Passé . Devant leur refus, il avait décidé de promouvoir discrètement Bernard et de lui révéler son secret. Désormais ils décideraient ensemble tout en restant anonymement quelconques dans l'organigramme de la société. Ce serait leur petit secret, ils feraient découvrir au plus grand nombre des films et des oeuvres qui ont été oubliées, qui contiennent à la fois des défauts bien sûr mais plus de cinéma que tout ce que la pensée normative et formatée édictée par les lois du marché et les revues spécialisées a voulu le croire et le laisser croire...

Mohamed termine par ces mots :

-"Begnat, permets-moi de t'appeler Begnat. Ce que j'aime chez toi ce sont tes qualités que je n'ai pas. Ce sont tes défauts que je n'ai pas davantage..."

Mohamed avait mis en application l'adage qui veut que "pour réussir il faut savoir s'entourer", identifier le talent unique qui me complète, qui m'apporte le supplément d'âme et la vision qui en découlera.  On vit dans un monde où le capitalisme veut démontrer l'interchangeabilité du travailleur, de l'homme pour mieux le ramollir. Il faut faire fi des diplômes, des hiérarchies, et retrouver cette pureté, retrouver la vraie "Cendrillon" singulière derrière le costume, derrière les apparences. La capacité à créer de la valeur  n'appartient qu'à l'éternel "apprenant", à l'apprenti refusant les titres, les enfermements, la gloire, le reconnaissance, la représentation, l'image, le spectacle, la prétendue "expertise" qui n'est au contraire qu'une calcification de la matière grise, le rai de lumière d'une étoile déjà morte.

Nimbuus 20

 C'est l'histoire d'un robot drône, le Nimbuus 20 , qui vit dans un monde blanc et sans émotions. Il se déplace à loisir et tour...