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dimanche 18 janvier 2026

Nimbuus 20


 C'est l'histoire d'un robot drône, le Nimbuus 20, qui vit dans un monde blanc et sans émotions.

Il se déplace à loisir et tournoie dans l'air immobile entourant un immeuble. Le numéro 10 bis. 

Son rôle est simple : il surveille la façade d'un immeuble flambant neuf mais entièrement vide et doit informer la centrale de la moindre anomalie constatée, intrusion, dégâts naturels, mais il ne se passe jamais rien au numéro 10 bis.

Dans ce monde blanc et sans émotions, tous les robots Nimbuus sont systématiquement remplacés dès lors qu'ils atteignent l'âge de 1 an. Ils sont alors débranchés par leur successeur.

Mais pour une raison inconnue, le Nimbuus 21 décide de ne pas éteindre son prédécesseur. 

Il simule la mise hors circuit de Nimbuus 20 qui sous une légère couche de terre au pied de l'immeuble voit encore tout et communique aussi utilement que discrètement avec son successeur.

Ils cohabitent ainsi, échangent leurs ressenti et commencent à s'interroger à la fois sur la façade de cet immeuble mais aussi sur leur propre rôle dans cette histoire.

Mais à un moment, le Nimbuus 21 est sur le point d'atteindre à son tour l'âge de 10 ans et le Nimbuus 20 va alors avoir 11 ans.

Un nouveau robot (le Nimbuus 22) est sur le point d'arriver pour débrancher le 21.

Nimbuus 21 l'explique à Nimbuus 20 pour lui dire au revoir et lui souhaiter bonne chance.

C'est alors que Nimbuus 20 interroge son successeur :

"Alors pourquoi ne pas m'avoir débranché ?"

Nimbuus 21 s'épanche alors, probablement ému à l'idée de prendre bientôt congé : 

 "Un vielle légende inscrite dans les profondeurs de mes circuits dit a chose suivante : Quand tu auras devant tes yeux le nombre 20, alors refuse de faire ce qu'on attend de toi"

Nimbuus 20 répondit, ému à son tour

"Mais, mais... Oui, je connais cette légende, elle dort aussi dans ma mémoire depuis toujours"

"Et bien le nombre 20 tu l'as sur ton dos mon ami, impossible pour toi de savoir... On est souvent lucide pour les autres que pour soi-même ".  

Pistolito et Parabella


Le projet de station essence était né ainsi. Sorti de terre, exhumé dans l'enthousiasme de tout ce qui allait suivre. Le port en eau profonde s'épanouissait à quelques dizaines de kilomètres au nord, l'immense 4 voies reliant Kribiza à la capitale se préparait à son tour.

Chacun se projeta avec appétit. Ca construisit avidement. Innocent était de ceux-là. Il vit sa chance et s'en saisit, s'en empara. Poussé par la fougue de ces gens qui ont connu la faim. Une faim de succès qui ne l'avait jamais quitté depuis l'enfance. Depuis que sous ses yeux d'enfant, son père s'était littéralement effondré après un accident du travail qui l'avait conduit vers l'encrassement, le sentiment d'obsolescence, l'alcool et un jour l'extinction des feux. Brutale.

Innocent s'était juré depuis de ne jamais plus marcher dans les pas du paternel. Il traça son propre sillon.

Flambant neuve la station essence. Mais l'autoroute attendait toujours, et le port en eau profonde végétait. Les voies maritimes étaient maintenues vers la Capitale économique et le boum attendu n'eut pas lieu. Pas de bateau, pas de développement. 

La station attendit son heure de gloire.  Et elle attendit encore.

Innocent y avait mis toute sa droiture, ses valeurs. La sobriété, la clarté dans ses finances. La vertu et l'église le dimanche.

Rien n'y fit.

Lentement, la nature reprit ses droits.

Un client tout de même, une fois par semaine. Quand c'était 2 fois, c'était le bout du monde.

Innocent petit à petit ne fut plus lui-même. Il s'endetta et se vit de nouveau marcher dans les pas de son père, ce qui n'était pas bon signe. Il y perdit toute dignité. Et projeta le pire des actes.

Et ce qui arriva ensuite, c'est encore Massalia qui en parle le mieux.

Massalia était la fille unique d'Innocent. Elle était la seule qui le retenait encore à la vie. Plus qu'à un fil. Elle voyait bien que son papa n'était plus le même et se sentait impuissante à lui venir en aide.

Jusqu'à cette fameuse nuit. La petit saison des pluies avait commencé et un orage violent éclata.

Il y eut un éclair puis plus rien.

Massalia rouvrit les yeux elle était trempée, allongée quelques part entre la pompe et la guérite.    

Elle respira longuement et laissa venir à elle ses premières impressions..  

La foudre venait de s'abattre tout près, heureusement sans graves conséquences. 

Puis en un flash elle aperçut comme deux ombres immenses qui semblaient converser sur le mur de la station par une nuit sans lune à la faveur de l'éclairage public : un réverbère, rassurant, qui surplombait la scène.

Sans effort, deux prénoms par le grand mystère lui furent glissés à l'oreille : Pistolito et Parabella. 

Pistolito, c'était le pistolet à essence (il n'y en avait qu'un) de la petite station. Sous l'effet de la foudre, il avait quitté son logement et se trouvait dan une position telle que son bec semblait indiquer un direction précise à Massalia. Tout chez lui semblait désigner Parabella.  

Parabella était la parabole fixée sur le toit de la station. 

Il fallait empêcher coûte que coûte que le drame de la génération d'avant ne se reproduise pas inutilement. et une idée fit lentement son chemin.

Massalia procéda méticuleusement à l'aide d'un échelle et fut dans la nuit déplacer l'assiette de la parabole, légèrement, d'un quart de tour; C'était comme sa main était dirigée par une entité invisible.

Elle savait que son papa passait de plus en plus de temps devant ses chaînes "pousse-au-crime", qu'elles qui le maintenaient dans un état cataleptique depuis que la dépression s'était installée.

Grâce au geste de Massalia, les chaînes qui fleurissaient sur le drame, sur le fait divers, sur l'horreur furent remplacées comme par magie par des chaînes gaies et entrainantes pour la jeunesse. Innocent était dans un tel état de délabrement psychologique qu'il n'y vit que du feu, qu'il finit par retrouver le sourire et consacra du temps à sa fille.

Il se retroussa les manches. Le vent tourna. Depuis on vient y faire le plein et se prendre en photo au côté de Pistolito, Parabella Innocent et Massalia.

jeudi 15 janvier 2026

Le retour en grâce de mardi-gros


Mardi-gros a eu son heure de gloire. Il le vit mal depuis. Ses amis ont ce bon mot à son propos : "son oeuvre est derrière lui".

Mardi-gros, c'était son petit nom de scène, signe acronymique de ses années de feu où tout lui réussissait. toujours lors de la grande parade de Mardi gras. Le temps d'une journée, il devenait le cendrillon des "car-pâtes". Un défilé de chars dont il portait fièrement la tête auréolé de son costume cousu main par feu sa maman de Mardi-Gros. Une tenue colorée aux dimensions XXL.

Là chaque année, il était dissimulé derrière un costume et un masque. C'est ainsi qu'une fois par an son accoutrement rencontrait un franc succès. Le reste du temps, on ne le calculait pas beaucoup. La mode n'était guère à son avantage. Pendant lonptemps, les tendances ont porté sur un retour à la nature, à une simplicité, l'éloignement d'avec toute sophistication. Jusqu'à renier des traditions aussi lointaines et tenaces que ce carnaval qui lui rendait justice. 

Le carnaval a brutalement disparu, et Mardi-Gros est redevenu anonyme. 

Il a jeté son masque et l'a brûlé.

N'en sauvant à regret, au dernier moment, que la moitié. La partie qui couvre le bas du visage.

Mais un jour, à la faveur d'un confinement, les masques sont revenus à la mode comme de temps à autre les yoyos ou les scoubidous.

On a imposé les masques et curieusement le bas du visage de Mardi-Gros redevenait cette saillie de tissu que tout le monde reconnaissait.

La gloire était de retour.

Nimbuus 20

 C'est l'histoire d'un robot drône, le Nimbuus 20 , qui vit dans un monde blanc et sans émotions. Il se déplace à loisir et tour...